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Soumission chimique Soumission chimique

J. ARDITTI

Centre antipoison
Centre d’Evaluation et d’Information sur la Pharmacodépendance
Hôpitaux sud Marseille

La soumission chimique est l’administration à des fins criminelles ou délictuelles de substances psychoactives
à l’insu de la victime.
Cette méthode d’agression, dont les premières descriptions en France remontent au début des années 80,
est de plus en plus pratiquée. L’ampleur et la gravité du phénomène imposent une sensibilisation de tous les
professionnels de santé et en particulier les médecins urgentistes confrontés aux problèmes de diagnostic et
de prise en charge spécifique et rapide des victimes.

Quand y penser ?

La difficulté réside dans le fait que la victime agressée se " réveille " confuse, dans un lieu souvent inconnu,
parfois sans ses effets personnels. Le retour de la mémoire des faits est progressif et fragmenté, et dans un
cas sur deux, existe une amnésie antérograde totale ou partielle. Ainsi, l’admission aux urgences de la victime
est souvent tardive dans un contexte soit d’agitation psychomotrice liée au stress soit d’inhibition liée à
l’angoisse.
Le diagnostic doit être évoqué devant tout individu mais principalement une femme, soit présentant des
signes cliniques d’agression physique, des troubles neuropsychiques tels que troubles cognitifs, confusionnels
de la vigilance ou du comportement, soit alléguant une éventuelle agression sous l’effet d’une substance
inconnue ingérée à son insu.

Quels agresseurs ?

L’agresseur est, dans un cas sur trois, une personne de l’entourage de la victime ou connue d’elle, ce qui
facilite l’invitation d’une boisson en toute confiance, dans un bar, un lieu festif.
L’intention peut être simplement ludique ou malveillante mais les agressions sexuelles ou les vols sont les circonstances
les plus fréquentes.
L’agresseur est, dans la majorité des cas, un homme, mais des femmes ont quelques fois été impliquées
notamment dans des cas de vols par des prostituées ou des femmes de chambre.

Quels produits ?

De nombreuses substances psychoactives peuvent être utilisées, principalement celles à propriétés sédatives,
desinhibitrices et amnésiantes, dont l’action est immédiate et la demi vie courte.
Les benzodiazépines sont les substances de choix et donc majoritairement utilisées. L’usage des anesthésiques
et en particulier du GHB a été rapporté dans quelques cas. Les plantes hallucinogènes habituellement
consommées dans un but récréatif ont été utilisées par certains groupes sectaires.

Que faire ?

Le patient se présente aux urgences médicales de l’hôpital soit indemne de tout trouble neuropsychique,
soit accompagné d’un tiers en raison des troubles confusionnels, hallucinatoires ou de la conscience, alléguant
être victime d’une agression. La prise en charge doit alors être rapide en raison des propriétés pharmacocinétiques
des substances ayant pu être ingérées et du délai parfois long entre l’agression supposée et
la consultation.

Cette prise en charge doit comporter :

- Un interrogatoire permettant de préciser les circonstances, la chronologie des faits, les éventuels traitements
médicamenteux au long cours ou occasionnels, les consommations de stupéfiants et / ou de boissons
alcoolisées.
- Un examen clinique à la recherche de signes d’imprégnation toxique, de violences physiques et sexuelles
(ecchymoses, excoriations, déchirures hyménales, fractures…)
- Des prélèvements sanguins et urinaires réalisés avant toute administration de substances psychoactives.
Ces prélèvements réalisés en double sont destinés à la recherche et l’identification de substances pouvant
être en cause. En effet la mise en évidence est capitale dans le diagnostic de la soumission chimique.

Dans les cas où les délais de prélèvement depuis l’ingestion est important une recherche dans les cheveux
pourra être effectuée un mois après l’agression.

- Des examens complémentaires habituellement prescrits dans le cadre d’un viol.

Un suivi psychologique peut être conseillé surtout quand la victime manifeste un état d’angoisse ou présente
une amnésie antérograde. De plus, La victime devra être informée de la nécessité de porter plainte,
même si l’agresseur n’est pas identifié par la victime en raison d’une amnésie.
Pour les victimes mineurs ou fragiles, les professionnels de santé ont de par l’article 226-24 du code pénal,
l’obligation de signaler ces actes à l’autorité judiciaire.

La gravité de ce phénomène a imposé une diffusion de l’information, une sensibilisation des urgentistes
pour une meilleure prise en charge des victimes.
Un protocole de prise en charge des victimes est mis à la disposition des professionnels de santé sur le site
de l’AFSSAPS.

Ce protocole informe également de la nécessité et des modalités de notifications des cas de soumission
par les professionnels de santé au CEIP (Centre d’Evaluation et d’Information sur les
Pharmacodépendances), qui reste à leur disposition pour toute information sur la soumission chimique et
sur l’usage détourné de substances psychoactives. Le CEIP de Marseille en charge de la région PACA à eu
connaissance de 18 cas en 2004 et 33 cas en 2005. Cette augmentation du nombre des observations est
directement liée à l’amélioration du recueil des cas, conséquence d’une meilleure connaissance du problème
par les professionnels de santé et le public.