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Traumatismes du rachis cervical de l'enfant Traumatismes du rachis cervical de l’enfant

Pr J-L. JOUVE - Marseille

1 EPIDÉMIOLOGIE – CLASSIFICATION

Les traumatismes du rachis cervical sont rares chez l’enfant. La plupart des fractures du rachis
cervical de l’enfant surviennent au niveau du le rachis cervical supérieur alors que cela est
l’inverse chez l’adulte. Ceci est du à l’hyper-mobilité du rachis cervical mais également à la
masse relative de la tête reposant sur un rachis cervical court.

- De la naissance à 1 an, il s’agit de traumatismes obstétricaux et de maltraitances
siégeant en général entre l’occiput et C2.
- De 1 à 6 ans, les chutes et les accidents de la circulation sont les principales causes.
- Après 6 ans, les traumatismes sont causés par des sports à risques (2 roues,
plongeons), des accidents de la voie publique et des chutes.

2 EXAMEN RADIOGRAPHIQUE DU RACHIS CERVICAL TRAUMATIQUE :

Une des principales difficultés en matière de traumatisme du rachis cervical réside dans
l’interprétation de l’imagerie.
Des radiographies doivent être pratiquées quand il y a une forte suspicion de traumatisme du
rachis cervical mais à bon escient.

2-1 Indications, technique

Les indications formelles de radiographies du rachis cervical sont :
- une douleur du rachis cervical
- un traumatisme crânien ou facial secondaire à un accident de véhicule à moteur.
- Un sujet inconscient ou sédaté suite à un polytraumatisme

Ces critères permettent de diminuer la fréquence des clichés inutiles du rachis cervical.

Les clichés recommandés sont :
- un cliché de face
- un cliché de profil qui inclut tout le rachis cervical y compris C7-T1
- un cliché bouche ouverte s’il est techniquement réalisable

Des clichés dynamiques volontaires en flexion et extension peuvent aider à identifier le
traumatisme. Ils seront demandés après étude soigneuse des clichés standard. Ils ne peuvent
être réalisés que sous certaines conditions précises :
- Absence de lésions osseuses visibles sur les clichés statiques.
- Enfant calmé et capable de coopérer,
- A distance du traumatisme lorsque la contracture est levée

2-2 Principaux repères radiographiques indispensables à connaître en traumatologie

La difficulté de lecture des radiographies dans un contexte post traumatique récent est liée à 3
raisons
- Le rachis est en croissance avec de nombreux points d’ossification à connaître surtout
en C1-C2
- Il existe chez l’enfant une laxité physiologique d’interprétation difficile surtout en C2-
C3
- Les clichés initiaux sont presque toujours techniquement imparfaits du fait de la
contracture douloureuse initiale.

Il existe de nombreuses références d’ouvrage d’imagerie vertébrale de l’enfant. Cependant en
pratique les éléments indispensables à connaître sont les suivants :

Fig : L’écart entre arc antérieur de C1 et odontoïde doit être inférieur à 5 mm. La tangente aux arcs antérieurs de C1 et C3 doit être tangente à C2 (ligne de Swischuk). La tangent au cartilage de croissance de l’odontoïde doit passer par les articulaires supérieures de C2.

Fig : Pseudo-laxité physiologique C2-C3 en flexion. L’amplitude globale de C2 par rapport à C3 doit être inférieure à 4 mm (méthode de Catell et Filtzer)

- L’écart entre arc antérieur de C1 et odontoïde est physiologique jusqu’à une valeur de 5 mm
- Il existe un cartilage de croissance à la base de l’odontoïde qui peu faire évoquer une
fracture. Celui-ci se ferme entre 3 et 7ans.
- L’apex de l’odontoïde possède un point d’ossification qui apparaît entre 2 et 7 ans puis
fusionne entre 7 et 10 ans
- La ligne tangente aux bords antérieurs des arcs postérieurs de C1 et C3 doit être tangente à
l’arc postérieur de C2 (ligne de Swischuk). Elle est anormale en cas de fracture des pédicules
de C2.
- A partir de C3 les espaces inter épineux doivent être similaires, tout écart important et isolé
sur un étage est suspect
- L’aspect triangulaire des corps vertébraux cervicaux est physiologique si il reste harmonieux
par rapport aux étages sus et sous jacents
- Il existe souvent une pseudo laxité en flexion C2-C3 physiologique
- L’existence d’un hématome rétro pharyngé est un bon signe indirect de lésion vertébrale.

3 INDICATION DES AUTRES EXAMENS :

Le scanner et l’IRM sont indiqués dès qu’une anomalie est constatée sur les radiographies
standard. Le scanner se justifie dans les suspicions de fractures luxations de facettes
articulaires. L’IRM est préférable pour étudier les tissus mous, notamment les lésions du
ligament postérieur, la qualité des disques adjacents à la lésion, le fourreau dural et son
contenu.

4 LA PRESENTATION CLINIQUE SE FAIT DANS TROIS CIRCONSTANCES

- Traumatisme à haute énergie sur enfant inconscient
- Traumatisme à haute énergie sur enfant conscient.
- Torticolis aigu post traumatique de l’enfant

Le contexte à la réception de l’urgence est bien entendu différent dans chacune de ces
circonstances. Les pièges y sont cependant toujours présents et il convient d’envisager ces
trois situations séparément.

4-1 Traumatisme à haute énergie sur enfant inconscient

Il y a un contexte de polytraumatisme. L’enfant est inconscient du fait d’un traumatisme
crânio cérébral ou se trouve sous sédation, du fait de l’importance des lésions associées.
Dans tous les cas un traumatisme rachidien doit être évoqué systématiquement et certaines
mesures particulières sont à prendre.

- Installation et transport.

Un enfant inconscient avec un traumatisme cervical instable présente un risque important de
mobilisation avec déplacement du rachis cervical durant la réanimation. Il est préférable
d’utiliser l’intubation naso trachéale plutôt qu’une voie classique d’intubation avec traction
cervicale dans l’axe et laryngoscope standard. Chez l’adulte, la simple immobilisation sur un
plan dur permet de maintenir le rachis cervical dans une position de lordose physiologique
alors que chez le jeune enfant, cette posture du fait du volume relatif important du crâne
maintient l’enfant dans une position de cyphose cervicale. Il est recommandé chez l’enfant de
moins de 6 ans d’utiliser une technique qui relève le thorax de 2 à 4 cm et qui abaisse
l’occiput.

Fig : technique d’immobilisation du rachis chez l’enfant de moins de 6 ans. Le fort volume de
la tête doit pris en compte par des billots ou un support spécial. Si l’enfant est posé à plat,
son rachis cervical est en cyphose instable.

Toute immobilisation par traction cervicale est à proscrire chez l’enfant inconscient

- Imagerie

Une imagerie standard est systématique dés lors qu un enfant traumatisé est inconscient.
Un scanner et/ou une IRM sont indiqués, le rachis cervical doit être inclus à titre systématique
dans l’examen.
Tout cliché dynamique est à proscrire chez l’enfant inconscient. Les clichés n’ont d’intérêt
que lorsqu’il s’agit de clichés volontaires en période peu algique, donc en pratique à distance
de la période initiale
Le rachis est immobilisé en fonction de l’âge par un collier mousse ou un simple billot
maintenant le rachis en extension.

Fig : immobilisation cervicale

Dans tous les cas, tout dispositif de mise en traction est interdit.

Fig : mise en traction intempestive placée sur un enfant inconscient

4-2 Traumatisme à haute énergie sur enfant conscient

L’enfant est conscient il y a une plainte fonctionnelle sur le rachis cervical. Une
immobilisation a été mise en place sur les lieux de l’accident. Dans tout les cas une
hospitalisation s’impose.

L’examen clinique local du rachis se fait à deux personnes, l’une maintient le rachis et l’autre
effectue l’examen. Il faut cependant reconnaître que cet examen est sommaire et souvent peu
contributif compte tenu de la contracture douloureuse.

C’est essentiellement l’examen neurologique et radiographique standard qui conditionnent la
conduite à tenir immédiate.
- En cas de déficit neurologique, une IRM en urgence semble actuellement licite
quelque soit l’aspect radiographique standard. En effet une lésion médullaire sans
anomalie osseuse radiographique peut exister chez l’enfant (SCIWORA : spinal cord
injury without radiologic abnormality). De tels déficits peuvent s’étendre durant
plusieurs heures avec un pronostic sombre et peu de possibilités thérapeutiques.

Fig : lésion médullaire post traumatique sans lésion rachidienne (SCIWORA)

- En l’absence de déficit neurologique, un examen attentif des radiographies est
indispensable à la recherche de signes directs ou indirects d’instabilité.
o Toute suspicion d’instabilité impose un avis spécialisé. Si l’instabilité se
confirme, une hospitalisation est indispensable. Le rachis est immobilisé par un
collier cervical. Le bilan sera complété par une IRM .
o En l’absence d’instabilité sur les clichés initiaux, il est important d’obtenir une
sédation des douleurs afin de pouvoir compléter les investigations. Celles-ci
comprennent au minimum de nouveaux clichés standard qui, chez un enfant
calmé permettront une meilleure qualité de clichés. Des clichés dynamiques
volontaires peuvent être également effectués.

4-3 Torticolis post traumatique

L’enfant se présente dans une attitude de rachis bloqué douloureux dés lors que l’on tente une
manoeuvre de réduction douce.

Le bilan radiographique est d’interprétation extrêmement difficile compte tenu de l’attitude
fixée du rachis. Seul le cliché bouche ouverte peut être intéressant en montrant des signes
patents de luxation C1-C2 qui doivent faire indiquer une IRM complémentaire en urgence.

Dans cette circonstance l’examen neurologique doit être très soigneux et il est indispensable
de s’assurer de la réalité du traumatisme afin d’éviter toute confusion avec un torticolis
d’autre origine.

Fig : aspect clinique d’un torticolis

Dans un second temps il est recommandé d’hospitaliser l’enfant jusqu’à obtention d’une
analgésie suffisante pour effectuer des clichés standard et des clichés dynamiques.
L’analgésie sera obtenue par immobilisation, traction cervicale douce, et antalgique de palier
1ou 2. L’existence de signes d’instabilité impose une exploration complémentaire par scanner
ou par IRM.

5 PRINCIPALES LESIONS OBSERVEES

5-1 Traumatisme du rachis cervical supérieur :

Les lésions occipito atloïdiennes et les fractures de l’atlas sont rares, difficiles à identifier, en
imagerie initiale, elles s’observent en fait sur les imageries complémentaires
Trois lésions importantes peuvent survenir à l’étage C1-C2 : lésions ligamentaires, subluxations
rotatoires C1-C2 et fractures de l’odontoïde.

- Lésions ligamentaires C1-C2 :

Les lésions ligamentaires avec instabilité aigue C1-C2 sont rares. Mais les instabilités
chroniques sont fréquentes chez les enfants présentant des affections chroniques.

Fig : rupture du ligament transverse. La ditance entre arc postérieur de CA et odontoïde est bien supérieurà 5mm.

- Luxation rotatoire C1-C2 :

Les luxations rotatoires C1-C2 peuvent survenir après un traumatisme banal de faible
importance.
Plusieurs types sont décrits allant de la forme partielle stable à la forme instable complète
beaucoup plus rare.
Le tableau clinique est univoque avec un torticolis irréductible.
Les radiographies standard sont d’interprétation difficile compte tenu de la contracture
vertébrale. Les clichés bouche ouverte peut être très contributif en montrant le décalage de
l’odontoïde et le pincement des interlignes articulaires C1 C2.
Dans les autres cas c’est le scanner C1 C2 qui va démontrer la lésion de manière évidente en
superposant les coupes transversales sur C1 etC2.

Fig : luxation rotatoire C1-C2

- Fractures de l’odontoïde :

Les fractures de l’odontoïde représentent 10% de toutes les fractures et luxations du rachis
cervical de l’enfant. Le traumatisme chez l’enfant se produit dans la synchondrose à la base
de la dent et le déplacement est antérieur. Elle est décrite comme une épiphysiolyse de la dent.
Le mécanisme du traumatisme est sévère avec une chute d’une hauteur importante ou accident
de la voie publique. Les lésions neurologiques sont peu fréquentes car le canal vertébral est
large.
Le traitement est le plus souvent orthopédique avec une immobilisation par une simple
minerve en extension. Il est rare qu’une chirurgie soit indiquée

Fig : fracture de l’odontoide dans la synchondrose

- Fractures du pédicule de C2 :

Le mécanisme est habituellement une extension et une surcharge dans l’axe. Elles sont
souvent associées à un traumatisme crânien et facial.
Elles correspondent en fait à un décollement passant à travers le cartilage neuro central.
Chez le petit enfant une maltraitance est à évoquer.
Le traitement est orthopédique avec une immobilisation par minerve.

Fig : fracture bipédiculaire de C2

5-2 Traumatismes du rachis cervical inférieur :

Les fractures luxations et entorses du rachis cervical inférieur sont rares chez le jeune enfant.
Au delà de 8 ans, la fréquence est la même que chez l’adulte.

Sur le cliché de profil, on vérifiera

Les critères d’instabilités sont identiques à ceux observés chez l’adulte

  • alignement du mur vertébral postérieur interrompu en tenant compte de la grande laxité de l’enfant surtout en C2-C3
  • augmentation de l’espace inter épineux comparé aux étages sus et sous jacents
  • découverture des processus articulaires
  • hématome rétro pharyngé

Deux groupes de lésions peuvent être observés :

- fractures et luxations du rachis cervical

Analogues à celles de l’adulte
Généralement suite à un traumatisme à haute énergie. (AVP, plongeon)
Souvent associées à des troubles neurologiques
Ils justifient d’une exploration et d’une stabilisation en urgence.

Fig : luxation C4-C5

- Entorse grave
Il s’agit de lésions instables, parfois difficiles à diagnostiquer en radiographie standard.
Ces lésions pièges justifient leur recherche de façon systématique et notamment des signes
simples que sont

  • l’écart inter-épineux
  • la perte du parallélisme articulaire
  • la cyphose localisée

Fig : entorse grave C4-C5. Notez l’augmentation de l’écart inter épineux C4-C5,
Les massifs articulaires découverts, l’angulation C4-C5 anormale.

En cas de suspicion d’instabilité, des clichés dynamiques volontaires peuvent être indiqués, et
en cas de douleur avec contracture sévère une hospitalisation peut être indiquée afin de gérer
la douleur et compléter le bilan d’imagerie par une IRM d’emblé ou de nouveaux clichés
standard
En fonction des données de l’imagerie complémentaire, une stabilisation chirurgicale ou un
traitement orthopédique par minerve peut être indiqué.