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Accouchement inopiné en dehors de la maternité et réanimation de (...) Accouchement inopiné en dehors de la maternité et réanimation de l’enfant

E. MENTHONNEX - SAMU 38 CHU de Grenoble

Réalisation d’un accouchement hors maternité

INTRODUCTION

L’accouchement inopiné en dehors d’une maternité reste une urgence pour la mère et pour l’enfant, mais ce sont des
gestes simples qui permettent d’assurer la sécurité de ces accouchements généralement eutociques, chez des
parturientes le plus souvent multipares avec un enfant en présentation céphalique. Un minimum de connaissances en
mécanique obstétricale, permet d’installer correctement la parturiente, de prévenir la fausse dystocie des épaules et
d’aider au dégagement de la présentation.

ELEMENTS DE MECANIQUE OBSTETRICALE

L’axe d’engagement et de descente des plus grands diamètres du foetus est l’axe ombilico-coccygien,
perpendiculaire au détroit supérieur
(entre le pubis en avant et le promontoire en arrière), tandis que l’axe de
poussée utérine est plus oblique en avant. Les deux axes se croisent selon un angle de 30 à 50° (1) .


Afin de favoriser l’engagement il faut essayer de faire coïncider les 2 axes d’engagement et de poussée utérine. Ceci est
obtenu, en surélevant le siège de la parturiente par deux oreillers ou coussins fermes, en demandant à la parturiente
d’amener ses talons contre ses fesses, puis surtout, en lui demandant d’attraper ses genoux avec ses mains au
moment des poussées
de façon à fléchir au maximum ses cuisses sur son abdomen. Le promontoire se déplace alors en
avant et en bas, la pointe du sacrum en arrière et le pubis remonte. Le plan du détroit supérieur se rapproche alors de la
verticale et l’axe d’engagement qui lui est perpendiculaire s’incline vers l’horizontale .

ACCOUCHEMENT EUTOCIQUE EN PRESENTATION CEPHALIQUE

L’accouchement est débuté en faisant pousser la patiente à dilatation complète, les membranes étant rompues, et
lorsque la présentation a bien pris contact avec le périnée. La patiente attrape ses genoux pour les rapprocher de son
thorax ou empaume la face interne de ses cuisses lors des efforts expulsifs. Il est préférable qu’elle réalise elle même
cette manoeuvre, car cela favorise la contraction des abdominaux lors des efforts de poussée . Elle ne doit pousser que
lors des contractions, pas plus de trois efforts par contraction en associant une respiration ample et profonde entre les
contractions. Faire pousser trop tôt expose, surtout une primipare, à une expulsion trop longue, inefficace au début, et à
une fatigue maternelle. La descente de la présentation ne se fait franchement qu’en poussant deux fois consécutives au
cours d’une même contraction. Entre les contractions, la patiente récupère, en se relâchant au maximum.
Lorsque la tête est à la vulve, son dégagement est réalisé le plus
lentement possible, la patiente stoppant ses efforts expulsifs au
moment de la déflexion de la tête (vulve dilatée à son maximum :
paume d’une main). La tête est empaumée avec la main gauche qui la
retient et exerce un contre-appui vers le bas, sur le sommet de l’occiput
de l’enfant, tandis que la main droite de l’accoucheur exerce une
poussée de bas en haut sur le menton de l’enfant à travers le périnée
postérieur avec une compresse.

Il ne faut surtout pas tirer mais laisser faire . L’engagement des épaules commence lors de l’expulsion de la tête .
L’occiput se tourne alors spontanément vers la gauche ou la droite selon le type de présentation : c’est la rotation de
restitution qui le ramène dans le prolongement du dos. La rotation de 45° vers l’avant, amène ainsi l’épaule antérieure
derrière la symphyse pubienne ce qui permet son dégagement dégager. Ce mouvement de restitution peut être
complété, voire exagéré, en accompagnant la rotation (sur un même plan, sans traction), dans le même sens que celui
qui a été spontanément amorcé pour favoriser l’engagement des épaules.

Une fois la tête totalement sortie de la filière génitale, la patiente doit repousser une dernière fois pour assurer le
dégagement de l’épaule antérieure. En cas de circulaire serrée du cordon, gênant l’expulsion de l’enfant, il faut couper
le cordon entre deux pinces et poursuivre l’accouchement. Les index et les médius appuyés sur les mastoïdes et le
maxillaire inférieur exercent une traction douce vers le bas.



Une épaule est alors dégagée. Une traction douce vers le plafond permet de dégager la deuxième épaule Le dégagement
du corps de l’enfant et de son siège est réalisé par simple traction à deux mains sous les mandibules et l’occiput pour le
déposer sur le ventre de la mère. Le clampage stérile du cordon est alors réalisé.
Si malgré une orientation correcte des épaules et la traction douce de la tête vers le bas, l’épaule antérieure n’apparaît
pas, la flexion extrême des cuisses de la mère en abduction sur le thorax, le siège débordant du lit, réduit la lordose
lombaire et bascule la base du sacrum. Cette manoeuvre (de Mac Roberts) agrandit le détroit inférieur, permettant, par
une traction douce exercée très bas sur la tête, de libérer une place suffisante pour le dégagement de l’épaule antérieure
préalablement engagée par glissement sous la symphyse qui a ascensionné. Une épisiotomie large latérale est pratiquée,
afin de bien dégager l’épaule antérieure . Ensuite l’extraction peut être aidée par une pression sus symphysaire .

A retenir :

- C’est la position de l’accoucheur par rapport à la parturiente qui garantit l’aide au dégagement des différents diamètres
du foetus dans l’axe physiologique ombilico-coccygien (vers le bas). Pour cela, l’accoucheur doit être entièrement
courbé de façon à ce que son visage soit au même niveau que le périnée de la patiente, et que ses épaules, son coude et
son poignet puissent être dans l’alignement de l’axe ombilico-coccygien (à genoux).
- Les diamètres foetaux descendent et ne se dégagent qu’après leur rotation dans l’axe antéro-postérieur. Se
précipiter, dès la tête dégagée et tirer dans un plan parallèle au plancher, a pour effet d’entraver le glissement de
l’épaule et créer une fausse dystocie des épaules Et Comme disait Malinas, « cette fausse dystocie des épaules n’est le
plus souvent que le témoin de l’incompétence de l’opérateur »
(2).

L’épisiotomie

L’épisiotomie doit être limitée aux situations à risque : périnée rigide ou fragile, primiparité, macrosomie foetale,
présentations postérieures, extractions instrumentales, souffrance foetale aiguë, prérupture du périnée, siège, et quand la tête est à la vulve sans progression malgré les efforts de poussée . Elle peut provoquer une hémorragie vaginale et ne doit être faite ni trop tôt (excessive), ni trop tard (insuffisante). Elle exige des ciseaux spéciaux (ciseaux à épisiotomie).
L’incision se fait médio-latéralement. Elle doit être suffisamment longue, d’au moins 4 cm, soit, environ, la longueur
de la lame du ciseau, pour éviter les déchirures périnéales secondaires.

La délivrance

Normalement, le décollement placentaire de la paroi utérine survient rapidement après l’accouchement L’expulsion doit
survenir spontanément dans les 30 minutes qui suivent l’accouchement
Le diagnostic de décollement placentaire ne peut être
affirmé que lorsque le refoulement vers le haut de
l’utérus par une pression sus pubienne n’entraîne pas la
remontée simultanée du cordon . Il convient alors de ne
pas tirer sur le cordon (geste formellement proscrit),
mais d’empaumer le fond utérin pour assurer
l’extériorisation du placenta par une ferme pression du
fond utérin vers le bas.

Après expulsion du placenta, on vérifie son intégrité et la perfusion rapide de 10 UI d’ocytocine (Syntocinon®) assure
la rétraction utérine et l’hémostase Dans tous les cas, le massage utérin manuel est efficace pour lutter contre
l’hypotonie utérine et doit être réalisé régulièrement pendant le transport
. 4 règles sont à respecter : un utérus vide
pour permettre sa contraction, un utérus contracté pour permettre l’hémostase, des déchirures génitales basses
contrôlées et une vessie préalablement vidée.

ACCOUCHEMENT PAR LE SIEGE

Une présentation du siège , à terme, et un travail déclenché spontanément et rapidement évolutif, sont des
critères de bon pronostic pour le déroulement de l’accouchement. Il est impératif d’attendre que le siège
apparaisse à la vulve pour engager les réels efforts expulsifs
. Il est nécessaire que la patiente puisse donner encore le
maximum de poussée au moment de dégager la tête dernière. Par contre, la règle est de ne toucher à rien, tant que les
omoplates n’apparaissent pas à la vulve et que les épaules ne sont pas dégagées
. L’opérateur se contente de
soutenir l’enfant au niveau du siège, sans exercer la moindre traction . La hanche antérieure glisse sous la
symphyse pubienne, puis la hanche postérieure s’élève vers le plafond (mouvement d’autant plus franc qu’il s’agit d’un
siège décomplété, qui a les jambes repliées sur l’abdomen). Lorsque les fesses sont sorties, les épaules s’engagent : Les
épaules et la tête parcourent l’excavation pelvienne. C’est à ce moment que le plan du dos doit impérativement
tourner en avant, lorsque la pointe des omoplates est visible à la vulve. Un dos en présentation postérieure (dos en
arrière) entraîne l’accrochage du menton par la symphyse pubienne et aucune manoeuvre ne peut extraire l’enfant
vivant. Par conséquent, lorsque la rotation du dos de l’enfant ne se fait pas vers l’avant (on s’en aperçoit en apercevant
l’ombilic en avant, face à soi), il faut réagir le plus rapidement possible, avant
que la tête ne soit en contact avec l’arc osseux. Après avoir demandé à la parturiente de cesser les efforts expulsifs, les
mains de l’accoucheur empaument les hanches de l’enfant et tournent résolument le dos en avant. Lorsque le siège est
dégagé à la vulve, la rotation de la tête, qui se fait obligatoirement l’occiput en avant et permet d’amener le sous
occiput sous la symphyse, permettant à la tête de se fléchir progressivement. En l’absence de relèvement des bras, il
faut laisser sortir les bras tous seuls. Le dos est en légère cyphose, l’enfant exerçant un effort de flexion. La tête
solidaire des épaules est déjà fixée sous la symphyse.

Lorsque l’enfant apparaît, on soulève très légèrement le siège, puis le praticien le replace dans sa position initiale. La
tête sort spontanément en flexion. On demande à ce moment à la mère un puissant effort expulsif et on s’apprête à
recevoir l’enfant, en mettant un genou à terre et en se munissant d’un champ stérile.

Relèvement des bras sur le siège : « pour l’en tirer, ne tirez pas » (3)

C’est la conséquence du relèvement des bras. Dans ces conditions tête + bras se présentent comme un cône de diamètre
croissant et l’accouchement devient absolument impossible. Le relèvement des bras peut être spontané, dû à une poussée trop violente de la patiente (multipare ), ou provoquée par une traction intempestive du foetus. Il est facilement
résolu par la manoeuvre de Lovset qui consiste à effectuer une double rotation axiale du tronc de 90°, après avoir fait
cesser les efforts de poussées maternelles. En saisissant le foetus à deux mains, les pouces sont de chaque côté du
rachis, les autres doigts empaument les hanches et l’abdomen. On effectue successivement deux rotations de 90°, une
fois d’un côté en cherchant à « remonter » légèrement le foetus, puis de l’autre en cherchant à « le rabaisser » , en
repassant par l’axe médian antéro-postérieur. On effectuera cette manoeuvre, autant de fois que nécessaire, jusqu’à ce
que l’on parvienne à dégager les épaules en les tournant , tel « un pas de vis » , amenant le franchissement du
promontoire en arrière puis le dégagement en avant sous la symphyse pubienne.

Rétention de la tête dernière par les parties molles

Elle peut imposer une manoeuvre de dégagement . Dans un premier temps, on essaiera la technique de Mauriceau, qui
consiste à effectuer un traction dans l’axe, une fois les épaules dégagées. Le foetus est alors à cheval sur l’avant bras
droit . L’index et le médius droit introduits dans sa bouche, en crochets, sur la langue. L’avant-bras gauche est sur le
dos. Les bras ne doivent pas agir. Ils ne font que transmettre la traction qui doit se faire dans l’axe et elle sera exercée
en courbant le dos vers le sol. Lorsque l’on voit poindre les oreilles, l’accoucheur accompagne la sortie de la tête en se
relevant très progressivement. La tête tourne alors autour de son occiput appuyé sur la symphyse pubienne.

Dans la présentation du siège, la déflexion de la tête n’est pas naturelle. Elle peut être provoquée pour accélérer la sortie
de la tête en élevant l’ensemble du foetus. Elle provoque l’enroulement du sous-occiput autour de la symphyse pubienne
et finalement l’expulsion (manoeuvre de Bracht) . Une bascule progressive du dos de l’enfant vers le ventre de la mère
est alors réalisée. On crée ainsi une hyper lordose foetale qui favorise la flexion et le dégagement de la tête . Le risque
est de réaliser cette manoeuvre trop tôt .


A retenir : Il ne faut jamais tirer sur un enfant se présentant par le siège. Il faut au contraire savoir respecter
l’abaissement du foetus dans un axe ombilico-coccygien en « se prosternant ». Le dos doit impérativement
tourner en avant. La règle absolue est une abstention totale de gestes intempestifs. Il faut savoir attendre,
surveiller et encourager les efforts de poussée maternelle, gage du succès de l’accouchement par le siège.

CONCLUSION

La pratique d’un accouchement inopiné en dehors d’une maternité demande du bon sens et l’absence de précipitation.
Sur le plan mécanique, la plupart des accouchements ne nécessitent aucune manoeuvre d’aide à la descente du foetus,
l’eutocie étant souvent le corollaire de la rapidité de ces accouchements.

BIBLIOGRAPHIE


1. SCHAAL.JP, RIETHMULLER.D, MARTIN.A, LEMOUEL.A, QUEREUX.C, MAILLET.R. Conduite à tenir au
cours du travail et de l’accouchement. In : Encyclop méd chir , Gynéco obstétrique ; 1998. p. 5-049-D-27.
2. BERTHET.J. Dystocie des épaules. In : SCHALL.JP, RIETHMULLER, MAILLET.R. Mécanique et Technique
obstétricales. Sauramps Médical 2ème Edition ed : Sauramps médical ; 1998. p. 345-353.
_3. MALINAS.Y, BOURBON.JL. Les quatre gestes qui sauvent un siège. In : Urgences obstétricales : MASSON ; 1984.
p. 35-47.