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Le paludisme d'importation : Cas observés de 2000 à 2001 Le paludisme d’importation : Cas observés de 2000 à 2001

F. Topin, P. Hovette, F.Ruby, P.Kraemer, B.Chaudier, A. Chastel, O.Garosi, P.Hance, J-P.Carpentier

Hôpital d’Instruction des Armées (HIA)
Laveran
Marseille

Les accès palustres constituent une cause non négligeable des fièvres au retour de zone tropicale. Le taux d’incidence est en constante augmentation en raison de l’accroissement du tourisme de masse, de l’extension de la chimiorésistance et de l’absence d’une chimioprophylaxie simple et bien tolérée. Leur évolution vers une forme compliquée, potentiellement léthale, justifie un diagnostic précoce ainsi que l’instauration d’un
traitement adapté au statut non immun du voyageur.

MATERIELS ET METHODES : Nous avons recueilli dans 178 dossiers de paludisme, les critères de gravité majeurs et mineurs définis selon l’OMS, pour une étude descriptive épidémiologique et clinique des accès
palustres admis notre hôpital, pendant la période du 1er janvier 2000 au 31 décembre 2002.

RESULTATS : La population étudiée comportait un effectif de 178 patients dont 172 adultes (120 hommes et 52 femmes) d’âge moyen de 37 ans et 6 enfants de 15 ans ou moins (âge moyen 14 ans) (âges extrêmes 12–71 ans). La durée moyenne du séjour en zone d’endémie des non-résidents était de 49 jours. Les pays présumés de contamination sont situés en Afrique de l’Ouest, Centrale et de l’Est (48%) et aux Comores
(39%). Une chimioprophylaxie médicamenteuse a été utilisée par 79 patients soit 44%, dont 36 adaptées, et seulement 13 ont respecté une prise régulière et de durée correcte. Peu de patients (17) ont eu recours à une protection mécanique.

DISCUSSIONS : Nous avons comparé nos résultats avec les données du Centre National de Référence de
l’Epidémiologie du Paludisme d’Importation et Autochtone concernant le paludisme en France métropolitaine pour les années 1998 à 2000 : dans notre population d’étude, P.falciparum a été identifié dans 74% des accès ; 19 accès graves et 114 simples ont été notés. Il n’y eut aucun décès. 2 cas de paludisme se sont manifestés par une splénomégalie hyper réactive à P.malariae. La présentation clinique peut poser un
problème de diagnostic en raison de l’inconstance de la fièvre (34% des cas), de la splénomégalie, et de la fréquence relative d’autres points d’appel comme les signes pulmonaires ou digestifs. Quatre patients des 19 accès graves à P.falciparum ont d’emblée présenté 4 critères de gravité majeurs (trouble de conscience, insuffisance rénale, SDRA et acidose métabolique) ; deux patients ont rassemblé 3 facteurs péjoratifs
(pneumopathie de déglutition, élévation importante des taux des ASAT et ALAT, et baisse de l’antithrombine III) ; leur parasitémie moyenne était de 3,3% (7,5 à 12% pour les données nationales). Dans ces accès graves, l’utilisation d’une prophylaxie médicamenteuse ou mécanique a été faible (respectivement 5 et 2 sur 19 cas). Le nombre de patients présentant des signes trompeurs pulmonaires et digestifs est plus élevé dans
les accès graves que dans les accès simples et cette différence est significative (p<0,001).
De la même façon, le nombre de cas présentant des signes digestifs ou pulmonaires est plus important dans les accès palustres à P.falciparum que dans les autres accès. La valeur moyenne du délai diagnostique à compter du retour de la zone d’endémie des accès graves était de 9 jours (11 pour CNREPIA), celui des accès simples 13 (10 pour CNREPIA). Le délai diagnostique est augmenté chez les 87 patients (soit 49% de la population d’étude) ayant eu des symptômes pulmonaires ou digestifs : respectivement, 27 et 17 jours pour une valeur nationale médiane et globale de 12 jours. Les traitements prescrits sont la quinine (127 fois), la chloroquine (23 fois), la méfloquine (2 fois), l’halofantrine (3 fois) et la primaquine (10 fois) ; l’association quinine-doxycycline a été employée dans 13 cas.

CONCLUSIONS : Au cours des trois dernières années, 178 cas de paludisme importé ont été enregistré. Les Comores et l’Afrique intertropicale constituent les principaux pays de contamination. Plasmodium falciparum en était la cause dans 74% des cas. Les accès palustres graves à P. falciparum (15% de la population d’étude) sont relativement fréquents, et sont caractérisés par la fréquence des signes trompeurs digestifs
ou pulmonaires, ainsi que par un faible taux d’utilisation d’une prophylaxie. Il est urgent de détecter et de traiter les fièvres palustres afin d’éradiquer le parasite et de prévenir l’évolution vers une forme compliquée potentiellement mortelle.