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Missions particulières de l’infirmier en urgence


La Marine Nationale La Marine Nationale

A. PRIEUX, Dr. PM. CURET

Toulon

Cet exposé traite de l’infirmier embarqué sur sous-marin nucléaire d’attaque. Celui-ci a pour but de vous présenter dans les grandes lignes cette fonction assez mal connue du grand public.

I- LES FORCES SOUS-MARINES. DE QUOI SONT-ELLES CONSTITUÉES ?

Elles comprennent 2 types de navires répartis sur 2 ports « base ».

I-1 Les SNLE
Le premier est le port de Brest (où se trouve l’escadrille des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins) qui soutient les SNLE basés à l’Ile longue.
Ces SNLE sont au nombre de 4 et ont pour mission essentielle la dissuasion grâce à leur armement nucléaire et a leur autonomie conférée par
la propulsion nucléaire. L’équipe santé de ces bâtiments est constituée d’un médecin sous-marinier ayant suivi une formation générale à la chirurgie,
un infirmier anesthésiste et un infirmier ayant suivi des stages de bloc opératoire et de radiologie.

I-2 Les SNA
D’autre part, il y a l’Escadrille des sous-marins nucléaires d’attaque à Toulon où sont basés 6 SNA.
Ces bâtiments, plus petits que les premiers ont une propulsion nucléaire mais un armement classique. Leurs missions sont totalement différentes :
du renseignement, du minage, de la lutte anti-surface ou anti-sous-marine, transport de forces spéciales, escorte, blocus…etc. Le service « santé »
est constitué d’un unique infirmier. Quelquefois, pour des missions bien particulières un médecin peut être provisoirement embarqué.

II-L’INFIRMIER SUR SNA

II-1 Cursus de formation.
Auparavant, la formation militaire ne durait que 2 ans et n’était pas sanctionnée par le D.E., elle conférait le titre d’infirmier autorisé polyvalent.
Le D.E. était alors présenté sur volontariat plus tard après 2 ans de cours supplémentaires par correspondance.
Depuis 98, tout marin choisissant la spécialité d’infirmier passe le D.E. après une formation identique aux cours civils. Ces cours sont dispensés
à l’Ecole paramédicale du personnel des armées qui forme les infirmiers de toutes les armes.

Une fois ce D.E. en poche, l’infirmier désirant intégrer les forces sous-marines (c’est un volontariat) intègre l’une des 2 escadrilles où il suivra une
formation interne d’une semaine dispensée par les médecins sous-mariniers.
Puis il devra passer son certificat élémentaire de sous-marinier au même titre que toutes les autres spécialités. Ce cours dure 3 semaines à l’Ecole
de navigation sous-marine. Il doit également être formé du point de vue "Atmosphère". Cela se passe au CTSN (Centre Technique des Systèmes
Navals) à Toulon pendant 1 semaine.

Une formation en radioprotection est nécessaire, elle est constituée d’une part d’un cours de 5 semaines à l’Ecole des Applications de la Marine
à l’Energie Atomique de Cherbourg (des cours de physique, maths nucléaires et de médecine nucléaire y sont prodigués) et d’autre part d’un
cours de dosimétrie photographique au service de protection radiologique des armées (Paris).
L’infirmier est ensuite affecté sur un équipage. Les sous-marins étant pourvus de 2 équipages afin de permettre un roulement, le jeune infirmier
est épaulé par son homologue(plus ancien) sur l’autre équipage (son bis).

Après 3 à 5 cycles (environ 4 ans) il peut être débarqué 1 an pour souffler ou pour passer le concours d’infirmier anesthésiste.
Cette formation initiale est entretenue par un formation continue :
- stages de 15 jours au SAU de l’HIA Ste Anne avant chaque départ en mer afin de conserver la technicité,
- des stages au Bataillon des marins pompiers de Marseille ou à la Brigade des sapeurs pompiers de Paris,
- une formation au centre d’instruction des techniques élémentaires de réanimation de l’avant (CITERA) de l’hôpital Ste Anne,
- un stage pratique de radioprotection à Bourges,
- la mise en place de gardes au SAMU 83 est actuellement à l’étude.

II-2 Fonctions de l’infirmier sur SNA
- tout d’abord, dans le cadre de la médecine de prévention, il prépare les visites médicales d’aptitude à la navigation sous-marine de tout l’équipage
avant chaque départ en mer,
- à bord il est le conseiller du commandant en matière d’hygiène et de santé,
- il assure les consultations à la mer, ainsi que les éventuelles urgences,
- gestion du matériel santé et de la pharmacie,
- l’air du bord étant produit par des usines à oxygène et débarrassé de ses polluants par des usines à décarbonatation, l’infirmier doit réaliser
des analyses de contrôle d’atmosphère. De même lors de la survenue d’incidents à bord (incendie, fuite d’huile, de fréon etc…),
- l’eau est également produite par le bord. Des analyses chimiques et bactériologiques sont effectuées au départ et au retour de mer,
- l’infirmier gère également la dosimétrie photographique individuelle et d’ambiance,
- rôle d’intervenant dans la chaîne de prise en charge du blessé radio-contaminé,
- il doit également former les personnels de bord au brancardage, faire des rappels sur les premiers secours, des instructions sur l’atmosphère,
des conférences sur les risques sanitaires avant une escale…
- enfin il a des fonctions purement maritimes comme renfort au poste de pilotage,
- éventuellement, il participe à la mise en place des distractions, afin d’améliorer l’ordinaire et favoriser une bonne ambiance.

III- MOYENS MIS À SA DISPOSITION

Une trousse d’urgence, un respirateur automatique, des bouteilles d’O2, un aspirateur à mucosités, un DSA, un propaq, une civière hélitreuillable,
un système d’immobilisation (types FERNOKED), une pharmacie hétéroclite, une documentation médicale variée, les petits matériels « santé
 » ou spécifiques aux sous-marins comme par exemple le matériel atmosphère.
Pour l’épauler, l’infirmier est à la tête d’une équipe de brancardiers : 3 personnels hors quart afin d’être disponibles à tout moment. (Maître d’hôtel,
le commis au vivre et le garçon de cuisine). Ces 3 brancardiers sont formés aux premiers secours régulièrement. D’une manière générale les
3/4 de l’équipage ont passé au moins une fois l’AFPS.
Les locaux se résument à une petite infirmerie de 4m2 où sont stockés la pharmacie et une partie du matériel. Elle est dotée d’un point d’eau et
d’une table d’examen pliante.

IV- PATHOLOGIES RENCONTRÉES

Il faut tout d’abord rappeler le contexte particulier :
- une atmosphère confinée,
- des locaux exigus et un confort spartiate,
- un rationnement de l’eau,
- la chaleur dans les compartiments machine.

Ces conditions vont favoriser les pathologies ORL, essentiellement des rhinopharyngites ou des rhinites. Il faut être vigilant car les pathologies virales peuvent vite se propager.
On rencontre de la dermatologie avec une bonne part de mycoses ou de plaies infectées (la cicatrisation est difficile à bord).
Des traumatismes essentiellement induits par les locaux exigus, bas de plafond avec des appendices et des tuyaux (des entorses, des tendinites,
des lumbagos, des plaies à suturer).
Du point de vue digestif, on trouve des gastro-entérites (susceptibles de s’étendrent très rapidement), des constipations (changement de mode de
vie, d’alimentation), des naupathies en surface.
Des soins dentaires : des plombs qui cèdent, des dents qui cassent, le traitement se cantonne souvent à un plomb provisoire, des antalgiques
locaux et/ou per os.
Cela représente en moyenne 150 consultations par navigation.
Afin de minimiser la survenue de pathologies qui dépasseraient les compétences de l’infirmier et de réduire les facteurs de risque, la médecine
de prévention à quai est très rigoureuse et s’appuie sur un panel d’examens paras cliniques et cliniques variés.
Toutefois, le risque Zéro n’existant pas, il arrive que l’infirmier se retrouve en présence d’un cas dépassant le cadre de ses compétences, (que ce
soit lors d’une consultation ou d’une urgence) et dans ce cas, il peut demander par message ou par liaison satellite un avis médical.
En dernier recours, le patient peut être évacué sur conseil de l’infirmier auprès du commandant en second et en concertation avec un médecin à
quai. Cette évacuation peut se faire soit lors d’un passage à quai prévu, soit en le transférant sur un bâtiment de surface à proximité par canot
ou enfin par hélitreuillage à destination d’un hôpital ou d’un bateau selon la nature de la mission et l’état du patient.
L’hélitreuillage est une manoeuvre qui n’est pas anodine et qui suppose le déploiement de moyens importants, une prise de risque, un conditionnement
lourd et long du patient à bord. C’est pour cela que dans la mesure du possible un simple anneau est utilisé pour le transférer sur l’hélicoptère
(cela suppose qu’il soit valide et conscient), sinon un baudrier (selon la nature du traumatisme, on évitera par exemple d’équiper un baudrier
sur une fracture du fémur…) ou enfin la civière en dernier recours (patient nécessitant une immobilisation du rachis).

V- PRINCIPALES DIFFICULTÉS RENCONTRÉES

La première concerne les attributions médicales. Effectivement, l’infirmier doit poser des diagnostics et prescrire des traitements.
De plus, en l’absence d’examen para clinique, ces diagnostics et ces traitements reposent uniquement sur la clinique.
Enfin, la nature de la mission peut être également source de difficultés. Selon les eaux où se déroule la mission ou selon l’état de la mer, faire surface
pour évacuer un patient peut-être impossible. Remonter à l’immersion périscopique pour transmettre un message ou établir une liaison médicale
peut également être impossible.
Par conséquent, devant une pathologie qui pourrait dégénérer, il faut savoir prévoir la complication avant qu’elle ne survienne pendant une situation
opérationnelle.

VI- CONCLUSION

Etre infirmier sur SNA est très enrichissant que ce soit du fait de la formation variée, de la diversité des tâches et de l’alternance des périodes à
la mer et à quai qui constituent 2 aspects complètement différents du point de vue des fonctions remplies.
De plus, l’infirmier à bord constitue un lien entre le commandement et l’équipage auquel il est totalement intégré et au sein duquel il a un rôle
social prépondérant. C’est une expérience humaine inoubliable mêlant professionnalisme et franche camaraderie.